Ne jetez plus : 80% du gros électroménager est réparable à prix raisonnable

 
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Votre lave-vaisselles ou votre frigidaire vous lâche après la garantie ? Face à une panne, les français ont encore trop souvent le réflexe de jeter et de racheter du neuf. Pourtant, contrairement aux idées reçues, faire réparer le gros électroménager est bien moins cher et beaucoup plus commode qu’on le pense. En prime, c’est écologique !

C’est ce qui ressort de l’analyse des données exclusives issues des 1500 réparations d’appareils de gros électroménager réalisées par Murfy sur 5 mois. Ainsi, 8 appareils sur 10 sont réparés à un coût jugé raisonnable par le client.

Dans cet article, nous voulons levers les blocages psychologique qui vous font hésiter à réparer en vous donnant 4 bonnes raisons de franchir le pas.

Cependant, nous n’éludons pas non plus les 20% des appareils pour lesquels les clients refusent la réparation. Cela concerne principalement les pannes liées au dysfonctionnement des cartes mères électroniques, dont le remplacement est trop coûteux. Nous proposons des mesures de politiques publiques pour y remédier. 

Précisons que seule la question du gros électroménager sera abordée ici. La réparation est beaucoup plus compliquée (et moins rentable) pour le petit électroménager et les appareils informatiques dont les smartphones.

Quatre bonnes raisons de réparer votre appareil de gros électroménager

Réparer c’est bon pour votre pouvoir d’achat et c’est commode. En plus, la planète vous dira merci et vous créerez des emplois locaux. Alors pourquoi s’en priver ?

1. Réparer, c’est bon pour le pouvoir d’achat

Et si votre lave-vaisselle, lave-linge ou frigidaire coûte moins de 300 €, il y a de grandes chances pour que ce soit une marque distributeur de mauvaise qualité. D’après plus d’une centaine de références proposées sur le site Boulanger, vous paierez en moyenne :

  • 530 € pour un lave-linge

  • 560 € pour un lave-vaisselle

  • 770 € pour un grand frigidaire deux portes

En comparaison avec ces prix moyens, combien vous coûterait-il de réparer votre machine en panne ?

Dans 8 cas sur 10, le prix de la réparation sera inférieure à 40% du prix moyen du neuf et le client choisira la réparation.

Hors période de garantie, le prix de la réparation comprend le coût de la main d’oeuvre, du déplacement et des pièces détachées. Si le coût de la main d’oeuvre en France est relativement prévisible (en moyenne 30€ l’heure), le coût des pièces détachées peut lui varier du tout au tout. Il vous en coûtera de quelques dizaines d’euros pour les pièces les plus basiques à plusieurs centaines d’euros pour les pièces de certaines marques comme Miele.

Et là, première bonne nouvelle. Dans 40% des cas vous pouvez faire réparer votre gros électroménager sans qu’il ne soit besoin d’acheter la moindre pièce détachée. C’est le cas par exemple lorsque la pompe de vidange d’un lave-linge est encrassée ou quand les bras de lavage d’un lave-vaisselle sont obstrués par des résidus d’aliments. La réparation coûtera alors le déplacement et le temps de main d’oeuvre, ce qui correspond à titre indicatif au forfait de base de 75€ proposé par Murfy.

Seconde bonne nouvelle : dans 8 cas sur 10, le prix de la réparation sera inférieure à 40% du prix moyen du neuf et le client choisira la réparation. A cet égard, remarquons que ce chiffre de 40% issus des données empiriques de Murfy correspond au chiffre donné par l’enquête réalisée par l’ADEME. Celle-ci démontrant que psychologiquement les personnes préfèrent remplacer leur appareil lorsque le prix de la réparation excède en moyenne entre 30% et 40% du prix de l’appareil neuf.

Enfin, dans 100% des cas la réparation coûtera moins chère que 300€.

Une approche statistique fondée sur les données récoltées par Murfy permet de produire le graphique suivant qui détaille le coût de la réparation du gros électroménager.

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On voit bien que contrairement à certaines idées reçues la réparation du gros électroménager est très souvent rentable comparé au renouvellement. Il ne reste que 20% des cas où le prix de la réparation devient moins rentable. Et même ici, il reste inférieur au prix du neuf.

2. Réparer, c’est plus commode qu’on le pense

D’autres apprentissages peuvent être tirés de l’exploitation de la base de données des interventions de Murfy. Et ils plaident encore pour la réparation.

Les pièces sont disponibles dans plus de 97% des cas.

Il est fréquent d’entendre que la disponibilité des pièces détachées est un frein majeur à la réparation. Si c’est souvent le cas pour des appareils de petits électroménagers ou les smartphones et les ordinateurs, dans le gros électroménager c’est l’inverse. Les pièces sont disponibles dans plus de 97% des cas. Ceci grâce à des grossistes spécialisés comme Aswo, SDS ou Agora, qui sont suffisamment structurés pour proposer une offre très exhaustive.

De plus, les stocks gérés par les grossistes de pièces permettent souvent une livraison des pièces en moins de 24h. C’est ainsi que dans près de 90% des cas les délais d’intervention de Murfy sont réduits à 3 jours ouvrés.

3. Réparer, c’est bon pour l’environnement et le climat

En France, les équipements de la maison sont responsables de près d’un quart des émissions des gaz à effet de serre (GES), dont principalement le CO2, qui provoquent le réchauffement climatique. Il est donc important d’agir sur ce poste au même titre que sur l’habitat, l’alimentation et le transport. Toutes les étapes du cycle de vie sont concernées par l’émission de GES : production et extraction des matières premières, approvisionnement de l’usine, fabrication, assemblage, transport et distribution du bien puis son utilisation. Par exemple, le poids carbone d’un frigidaire est de 343 kg, équivalent à l’émission de CO2 d’un aller-retour Paris-Marseille en voiture. Un lave-linge équivaut lui à un aller-retour Paris-Toulouse en avion.

Infographie ADEME

Infographie ADEME

Pour apprécier la totalité de l’empreinte écologique d’un équipement, il faut s’intéresser aux émissions de GES mais aussi à la matière qui le compose. Par exemple, Une machine à laver est composée en moyenne de 37 Kg d’acier, 18 Kg de béton, 13 Kg de plastique, 2.7 Kg d’aluminium, 1.4 Kg de cuivre, 1.9 Kg de verre et 1.9 Kg d’autres métaux (Zinc, chrome, or, plomb, laiton, nickel). Souvent, l’extraction ou la fabrication de ces matériaux nécessite des moyens très polluants. En plus de celles qui composent un appareil, il faut tenir compte des matières premières qui ont été mobilisées pour le produire. Ainsi, pour fabriquer un frigidaire de 56 Kg, il faut compter en réalité 31 fois son poids en matières premières mobilisés, soit plus 1,7 tonne.

Quand on sait qu’en France, le nombre d'appareils de gros électroménagers en service est actuellement de 203 millions d’appareils…imaginez la montagne de ressource mobilisée.

Dans le gros électroménager, la phase de production est celle qui pèse le plus lourd en termes d’émissions de CO2 et de matières mobilisées. Par conséquent, réparer son appareil permet de limiter l’utilisation des ressources naturelles nécessaires à la production de l’appareil de remplacement. Cela permet également de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et les déchets.

4. Réparer, c’est bon pour l’emploi local

Evidemment la réparation favorise l’emploi local. Alors que la quasi totalité du gros électroménager est fabriqué à l’étranger puis importé en France, les métiers de la réparation sont locaux, au plus près de nos territoires. En 2013, on estimait que le secteur de la réparation des biens électroménagers en France - comprenant les réparations faites par les distributeurs, les réparateurs indépendants et les fabricants - employait environ 27 000 personnes. Par conséquent, si l’on pouvait doubler le nombre de biens qui sont réparés, on peut penser, certes grossièrement, que 27 000 nouveaux emplois directs seraient créés.

Alors on attend quoi pour réparer ?

On voit ainsi que les principaux obstacles à la réparation du gros électroménager ne sont pas techniques ou financiers mais psychologiques. En effet, réparer coûte bien moins cher qu’acheter neuf, et c’est possible dans la très grande majorité des cas. Toutefois, il ne faut pas éluder les 20% restant où la réparation devient économiquement moins rentable. Mais on pourrait y remédier avec une politique volontariste. Explications.

L’Etat doit jouer son rôle pour faire baisser le prix de la réparation

Obsolescence programmée ?

Le prix dissuasif de certaines réparations (environ 20%) est principalement causé par certaines pratiques des fabricants qui font obstacle à la réparation. C’est notamment le cas des pannes qui activent un code erreur qu’il faut réinitialiser une fois la réparation réalisée. Or, le fabricant (ou ses réparateurs agréés) garde la main sur le logiciel de réinitialisation et ce faisant sur la réparation de ses produits. Si ces pratiques sont encore minoritaires, la tendance se dessine. Il convient donc à l’Etat d’agir rapidement pour ne pas laisser verrouiller la réparation.

Que pourrait faire l’Etat pour redynamiser la réparation du gros électroménager ?

Pour mettre fin à ces pratiques, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer. Nous plaidons par exemple pour la mise en place d’un véritable bonus-malus qui viendrait renchérir le prix des appareils non réparables et baisser celui des bons élèves ou l’interdiction de certaines pratiques abusives comme les reprogrammations. Nous plaidons aussi pour la reconnaissance d’un véritable droit à réparer, qui comprendrait le libre choix de son réparateur, même non agréé, et un libre accès pour ce dernier aux plans de réparation, outils, logiciels et pièces détachées

Au-delà de la lutte contre l’obsolescence programmée, l’objectif est d’augmenter le nombre d’appareils réparés à taux de panne constant. Ainsi, les réparateurs pourront faire des économies d'échelle (optimiser leurs tournées, achat groupé de pièces détachées…), baisser leurs tarifs et recruter d’avantage.

On a vu que, contrairement à certaines idées reçues, les pièces détachées sont disponibles. Il n’y a donc pas de frein particulier à lever de ce côté-là à la différence des produits électroniques ou du petit électroménager.

En revanche, il pourrait être pris des mesures d’incitations financières à la réparation pour stimuler la demande. Cette incitation peut passer par une TVA réduite à 5,5% sur les opérations de réparation. La directive européenne sur la TVA devrait bientôt être modifiée ouvrant ainsi la porte à cette diminution. Un crédit d’impôt sur la réparation pourrait aussi être mis en place comme en Suède. Classer la réparation à domicile comme un service à la personne donnant droit à déduction fiscale est aussi une piste à envisager.

Comme mesure réglementaire, il conviendrait d’imposer aux vendeur en priorité la réparation sur le remplacement de l’appareil lorsqu’il tombe en panne sous garantie.

Enfin et plus largement, les réparateurs sont unanimes sur le fait qu’il manque un personnel jeune et qualifié. Avec des appareils de plus en plus complexes et connectés, les techniciens ont besoin d’une formation initiale qui leur permet d’intervenir sur une grande variété de produits. Il est également important d’apprendre à réaliser un bon diagnostic à distance pour résoudre une grande partie des problèmes sans intervention physique. L’Etat devrait développer massivement la formation initiale et continue des techniciens et lancer une grande communication nationale pour attirer les jeunes dans ces formations. En communiquant sur la poly-compétence et les nouveaux métiers comme la réparation des objets connectés, le métier du réparateur deviendrait plus attractif pour les jeunes.

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En conclusion, mis à part les quelques cas qu’on vient d’évoquer et qui ne doivent pas décourager de la réparation, s’il faut retenir une chose c’est que : 8 appareils sur 10 sont réparables dans la très grande majorité rapidement et à un coût largement abordable comparé au rachat d’un appareil neuf.

Rédigé avec Romain Martin, co-fondateur de Murfy

 
Emile MeunierComment