Ecologie : les réussites et les ratés du Gouvernement après un an de pouvoir

 
Edouard-Philippe-soutient-Nicolas-Hulot-face-aux-rumeurs (1).jpg

1er août 2018, le Jour du dépassement. En sept mois nous avons consommé l'ensemble des ressources que la planète est en mesure de nous donner en une année. Ce qui veut tout simplement dire que nous avançons vers notre perte.  

Pourtant l'issue de secours est connue de tous : changer radicalement nos modes de production et de consommation. Si le Gouvernement n'est pas responsable de la situation actuelle, il est celui qui possède les meilleurs outils pour lutter contre la fatalité. Nous lui avons confié cette tâche. A la lumière des enjeux, quel bilan peut-on dresser de cette première année d'exercice ? J'analyse les réussites, les dossiers à suivre et les ratés. 

Les réussites : la fiscalité écologique

Bien des choses ont été faites, c'est indéniable. Certaines sont courageuses. Notre-Dame-des-Landes, sortie du glyphosate en 3 ans, loi mettant fin à l'exploitation d'hydrocarbures en France, 20% de bio dans les cantines scolaires... Une tribune signée par 111 députés de la majorité en fait la liste.  Cependant, même mises bout à bout, ces mesures ne permettent de changer de paradigme.

A mon avis, les actions prises par le Gouvernement à même d'opérer une véritable transformation écologique de notre pays sont au nombre de deux :

Par ailleurs, avec le #OnePlanetSummit et le #MakeYourPlanetGreatAgain, le Président brillamment a placé la France au centre des pays soucieux de l'environnement. Ce mouvement a créé une émulation qui se traduit notamment par un nombre croissant d'initiatives dans la recherche et de création d'entreprises de la green tech.

On peut évoquer enfin l'inscription de la préservation de l'environnement et de la diversité biologique et de la lutte contre les changements climatiques dans l'article 1 de la Constitution. Il faut néanmoins relativiser. D'une part, il n'est absolument pas certain que la réforme constitutionnelle aille à son terme. L'ajout tardif de quelques articles abaissant le pouvoir du Parlement (articles 4, 5, 8 et 9) et le report de son examen pour cause d'affaire Benalla risquent de faire capoter une réforme qui faisait pourtant consensus sur l'essentiel (suppression de la la Cour de justice de la République, réforme du CESE, indépendance du parquet, réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature...). D'autre part, l'inscription de l'enjeu écologique à l'article 1 est certes symboliquement fort, et les symboles comptent, mais juridiquement inutile. En effet, la protection de l'environnement et la lutte contre le réchauffement climatiques sont déjà des dispositions à valeur constitutionnelle et reconnues comme telles.

Dans l'attente de voir...

La fin annoncée de la vente des voitures essence et diesel à l’horizon 2040 ou la neutralité carbone en 2050 sont des déclarations qui doivent être saluées mais qui ne connaissent pas encore de traductions concrètes.

On attend également de voir comment le plan hydrogène va être mis en oeuvre, ainsi que le plan biodiversité. L'attente est la même pour Feuille de route pour une économie 100% circulaire qui sur le papier contient de réelles avancées comme une hausse de la TGAP applicable à la mise en décharge ou l'affichage de la réparabilité des produits au moment de l'achat. 

De beaux chantiers semblent en route comme la rénovation des lignes ferroviaires existantes, plutôt que la création de nouvelles lignes à grande vitesse. Nous espérons à la rentrée un plan vélo ambitieux à hauteur de 300 millions d'euros (faisons mentir les premiers signaux qui ne sont pas encourageants).

Il faudra faire un suivi précis de ces annonces. Pourquoi ne pas créer une mission parlementaire dédiée ? La loi de finances 2019 sera également un bon marqueur de la volonté réelle du Gouvernement d'accélérer la transition écologique. 

Les ratés : le nucléaire et l'alimentation

L’objectif de réduction de 75 % à 50 % de la part de l’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2025 était inscrit dans la loi de transition énergétique votée en 2015. Cette grande avancée était également un engagement de campagne d’Emmanuel Macron. Or, Nicolas Hulot a annoncé en novembre 2017 le report de l'échéance sans que l'on sache vraiment quelle sera la nouvelle date, 2030 ou 2035. Selon les explications données, respecter la date de 2025 "se ferait au détriment de nos objectifs climatiques".

Si l'on peut comprendre l'impératif, on regrettera d'une part qu'aucune démonstration chiffrées ou documentation n'ait été versées à l'appui de ces déclarations. Le Pays et la Représentation nationale sont donc priés de croire EDF et le Ministre sur parole. D'autre part, cette annonce a été faite sans qu'aucune stratégie de réduction de la part du nucléaire ne soit préalablement présentée, notamment comprenant les échéances et les réacteurs qui devront être nécessairement fermés. On attend donc la fin 2018 pour y voir plus clair avec la programmation pluriannuelle de l'énergie, qui est notre feuille de route de la transition énergétique pour les 5 prochaines années. Espérant qu'elle ne sera pas décevante. A cet égard, on peut critiquer le fait que celle-ci prenne la forme d'un décret. Le sujet est suffisamment important pour qu'un grand débat législatif ait lieu au Parlement. 

L'autre raté concerne la loi agriculture et alimentation dont le vote définitif aura lieu en septembre 2018. Cette loi comprend un volet économique destiné à rééquilibrer le rapport des forces entre les agriculteurs et la grande distribution, afin d’assurer au monde agricole des revenus décents. Sur ce point, la loi semble remplir les attentes. 

L'autre volet de cette loi était censé promouvoir une alimentation plus saine et des modes de production plus respectueux de la nature et des consommateurs. Elle devait traduire les Assises de l'alimentation en répondant aux attentes d'une société civile soucieuse de son modèle agricole et de son alimentation. Faut-il rappeler que le modèle actuel et la cause principale de la perte de la biodiversité et que le seul élevage de bétail dans le monde est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet ?

Sur ce volet environnemental la loi EGalim est passée complètement à côté du sujet. Certes, il n'y a aucun recul. Mais honnêtement, les quelques avancées ne sont vraiment pas à la hauteur des enjeux (la séparation des activités de vente de pesticides et de conseil technique sur leurs usages, ou la libre commercialisation des semences paysannes). 

Une vidéo courte, simple et touchante qui prouve que les agriculteurs vivent mieux sans pesticide 🐝🌻.

C'est dommage tant on sait que les décisions les plus importantes, comme celles qui concernent notre modèle énergétique et agricole, doivent être prises au début du quinquennat, lorsque le crédit politique du pouvoir est au maximum. 

Pour autant, restons optimistes. Il reste quatre ans à cette majorité. En outre, il appartient à chacun d'entre nous de modifier sa consommation, de trouver des solutions et de les porter auprès des pouvoirs publics. 

 
Emile Meunier