Pour une Europe des produits durables et réparables

 
©Shutterstock/Serghei Starus

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Brune Poirson, secrétaire d’Etat à l’Écologie, a annoncé ce lundi 12 février vouloir mettre en place d'ici 2020 un affichage obligatoire sur les appareils pour signaler au consommateur s’ils sont réparables ou non. Ils pourront ainsi savoir si les produits qu’ils achètent sont durable et réparables. Cela peut faire cesser une asymétrie d’information puisque les fabricants connaissent eux précisément la durée de vie moyenne de leurs produits et leur taux de retour suite à une panne. On peut logiquement supposer que la transparence incite les consommateurs à acheter des produits de meilleure qualité, tirant ainsi vers le haut la concurrence entre fabricants.  

Plus largement, ce débat doit nous rappeler que les mesures qui visent à allonger la durée de vie des produits servent certes le pouvoir d’achat des consommateurs mais aussi l’écologie et la création d’emplois.  

D’une part, les bénéfices d’une production durable profitent à notre planète. Chaque Français jette tous les ans plus de 20 kilos de déchets électroménagers. Cela représente 147 « Tour Eiffel » mises bout à bout. Pour fabriquer chaque smartphone, il faut extraire 70 kilogrammes de matières premières dont l’extraction est extrêmement polluante. Or, dans les trois quarts des cas, un produit électroménager atterrit à la poubelle à cause d’un seul composant en panne. En réparant, on éviterait des millions de tonnes de déchets tous les ans et on préserverait des ressources nécessaires aux générations futures. 

D’autre part, repenser la conception des produits et leur usage est une source formidable d’innovation, de croissance pour les entreprises et d’emplois dans les territoires. Tous les maillons de la chaîne de production et de distribution d’un produit doivent être revus pour optimiser l’utilisation des ressources : éco-conception, optimisation du design, usage de matériaux innovants, amélioration des performances techniques, passage d’une économie de la propriété à celle de l’usage, développement des activités de réparation et de réemploi. Cela s’appelle l’économie circulaire et ça permettrait selon l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie de créer jusqu’à 400 000 emplois supplémentaires, rien qu’en France. 

N’oublions pas que nous dansons sur un volcan. Les ressources sur Terre s’épuisent. En cause, notre mode occidental de consommation. Il nous faudrait trois planètes pour permettre à toute l’humanité de vivre comme nous, européens. Mais nous ne les avons pas. Heureusement, les citoyens en prennent conscience. 

Ils ont applaudi l’ouverture en France de deux enquêtes pénales contre Apple et Epson pour délit d’obsolescence programmée, car soupçonné d’avoir réduit volontairement la durée de vie de leurs produits. Le message est clair : les citoyens veulent des produits qui durent longtemps et qui soient réparables. Il faut donc saluer la direction prise par le gouvernement. Mais ce type de mesure n’aura d’effet que si la France porte son ambition au niveau européen. En effet, seul un marché de 500 millions de consommateurs représente un échelon suffisant pour assurer la transition écologique face à la compétition mondiale. En y répondant, l’Union européenne incarnera un modèle alternatif qui concilie enfin écologie, pouvoir d’achat et création d’emplois.

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Les entreprises européennes commencent à prendre le tournant. Elles ont biens raisons, les consommateurs les plébiscitent. Par exemple, SEB propose des biens réparables pendant 10 ans à un coût raisonnable. Notre fleuron français Michelin a annoncé la sortie prochaine d’un pneu garantie à vie comme certains modèles de chaussures anglaises Dr Martins. Mais elles ont besoin d’outils législatifs et économiques pour concevoir des biens durables. Des solutions simples sont à portée de main : la mise en place d’un bonus-malus pour favoriser ce type de biens, la baisse du coût des pièces détachées qui sont indispensables à la réparation des biens, ou encore d’avantage de financements européens d’investissement pour l’économie circulaire… Les solutions sont là, elles devraient être une priorité de notre politique européenne.

 
Emile Meunier