Clarifier les dates de péremption pour lutter contre le gaspillage alimentaire

 
 (Anne Lec’hvien) © AFP PHOTO / ERIC CABANIS

(Anne Lec’hvien) © AFP PHOTO / ERIC CABANIS

Faites-vous la différence entre la date limite de consommation (DLC) et la date de durabilité minimale (DDM) qui sont inscrites sur les denrées alimentaires ? Peu de gens la font. Et malheureusement, cela provoque beaucoup de gaspillage alimentaire.

La DLC concerne les aliments périssables rapidement. Au-delà de cette date, les consommer peut être dangereux pour la santé. C'est la mention : "à consommer jusqu'au". La DDM concerne tous les autres produits alimentaires. Au-delà de la DDM, vous pouvez consommer l'aliment sans aucun risque pour la santé mais son gout ou ses caractéristiques sont susceptibles d'avoir changé (par ex. pâtes, riz, sucre, conserves…). Elle se traduit par la mention « à consommer de préférence avant… ».

Or, cette dernière mention est floue à plusieurs titres. D'abord, il n'y a pas vraiment de critères objectifs pour déterminer lorsque les caractéristiques de l'aliments ont changé et donc pour fixer la durée de la DDM. Elle est ainsi susceptible de varier selon les fabricants sans qu'on ne sache vraiment sur quel fondement. Mais surtout, elle induit en erreur les consommateurs qui majoritairement la confondent avec DLC et pensent que l'aliment doit être jeté après cette date. Conséquence : les français jettent à tort, et pas qu'un peu ! Une enquête réalisé en 2013 par l'Association UFC-Que Choisir montre que près de la moitié des consommateurs jette systématiquement des boites de conserve, dès que la DDM est dépassée de trois semaines. Pour un tiers de ces consommateurs, il y a risque d'intoxication alimentaire. Selon une étude de la Direction générale de l’Environnement de la Commission Européenne de 2011, 20% des aliments seraient gaspillés en raison de la confusion sur les dates de péremption. Cela représente pas loin d'un repas par mois et par français. Quand on sait qu'un français sur cinq ne mangerait pas à sa faim selon le Secours populaire, ça vaut le coup d'agir !


Alors que faire ?

Plusieurs organisations souhaitent une clarification des termes utilisés. L'application Too Good To Go a même lancé une pétition pour appeler à une révision de la sémantique utilisée pour la désignation des DDM afin de rajouter après le « à consommer de préférence avant » la mention « mais toujours bon après / mais aussi après ». Le député Guillaume Garot préconisait également une révision dans son fameux rapport parlementaire "Lutte contre le gaspillage alimentaire : propositions pour une politique publique".

Cependant, il pourrait y avoir un problème juridique. En effet, l'information des consommateurs sur la DLC et la DDM résulte d'un règlement européen directement applicable à la lettre près dans les pays de l'Union européenne. Or, le règlement impose que la DDM soit indiquée comme suit :

  • «à consommer de préférence avant le …» lorsque la date comporte l’indication du jour,

  • «à consommer de préférence avant fin …» dans les autres cas;

Et selon le règlement, cette mention ne peut être accompagnée d'autres termes que la date elle-même ou que l'endroit où la date est indiquée sur l'emballage.

C'est la raison pour laquelle le précédent gouvernement, qui a été interrogé sur ce point par la sénatrice François Laborde, a renvoyé au niveau européen pour modifier cela. C'est dommage de se défausser sur l'Europe dont, en passant, les institutions ont été accusées par la Cour des comptes européenne de ne pas s'impliquer suffisamment dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. La France doit prendre l'initiative sur ce sujet, s'il faut en allant titiller le droit européen. Rien ne dit qu'une toute petite adjonction à la lettre du règlement ne soit censurée, dès lors qu'elle va dans le sens de la meilleure information des consommateurs et de la diminution du gaspillage alimentaire, deux objectifs poursuivis par la Commission européenne. Idem pour les industriels de l'agroalimentaire qui peuvent agir sans attendre une réforme du règlement. En Norvège, pays hors UE, plusieurs industriels ont rajouté “mais toujours bon après” sur leur packaging. Démontrons, qu'on peut faire aussi bien voire mieux dans l'Union européenne.

 
Emile Meunier